🛜 WiFi Sensing : Analyse technique approfondie

Le WiFi Sensing (ou Wi-Fi-based sensing, RF sensing, Channel State Information sensing) est une technologie qui transforme un rĂ©seau WiFi classique en un systĂšme de dĂ©tection capable d’observer l’environnement physique sans camĂ©ra ni capteur dĂ©diĂ©. Elle exploite les perturbations que les objets et les ĂȘtres vivants provoquent sur la propagation des ondes radio.

L’idĂ©e fondamentale est simple : lorsqu’une personne se dĂ©place dans une piĂšce, elle modifie lĂ©gĂšrement le trajet des signaux WiFi. Ces modifications, invisibles pour l’utilisateur, sont mesurables par les Ă©quipements radio modernes et peuvent ĂȘtre exploitĂ©es pour dĂ©tecter une prĂ©sence, suivre un mouvement, reconnaĂźtre une activitĂ©, surveiller les signes vitaux ou mĂȘme reconstruire une silhouette humaine.


1. Principes physiques fondamentaux

Propagation des ondes WiFi

Les réseaux WiFi utilisent principalement les bandes :

  • 2.4 GHz
  • 5 GHz
  • 6 GHz (WiFi 6E et WiFi 7)

Une onde électromagnétique se propage rarement en ligne droite.

Elle subit :

  • RĂ©flexion
  • RĂ©fraction
  • Diffraction
  • Absorption
  • Diffusion (scattering)

Ainsi, un paquet WiFi reçu est gĂ©nĂ©ralement constituĂ© d’une somme de plusieurs trajets radio :

Signal reçu = Σ chemins radio

On parle de propagation multipath.

Exemple :

AP -----> Utilisateur
\ ^
\ |
\-> Mur -/

Le récepteur reçoit :

  • le trajet direct
  • la rĂ©flexion sur le mur
  • les rĂ©flexions sur les meubles
  • les rĂ©flexions sur le corps humain

Chaque trajet possĂšde :

  • une amplitude
  • une phase
  • un retard

La somme de ces contributions forme ce que l’on appelle le :

  • Channel Impulse Response (CIR)

ou

  • Channel State Information (CSI)

selon le niveau d’abstraction observĂ©.


2. Pourquoi le corps humain influence le WiFi

Le corps humain contient principalement :

  • de l’eau
  • des Ă©lectrolytes
  • et des tissus conducteurs

À 2.4 GHz ou 5 GHz :

  • l’eau absorbe fortement l’Ă©nergie RF
  • le corps rĂ©flĂ©chit Ă©galement une partie du signal

Conséquence :

Une personne qui se déplace modifie continuellement :

  • l’amplitude
  • la phase
  • les trajets multipath

MĂȘme un mouvement de quelques millimĂštres est dĂ©tectable !


3. Le rĂŽle du Doppler

Comme dans le radar.

Si une personne se déplace :

fD = 2v / λ

avec :

  • fD = frĂ©quence Doppler
  • v = vitesse
  • λ = longueur d’onde

À 5 GHz :

λ ≈ 6 cm

Un mouvement lent de la main produit déjà un Doppler observable.

Le WiFi sensing exploite donc indirectement l’effet Doppler et les variations multipath pour dĂ©tecter les mouvements.


4. RSSI : premiÚre génération du WiFi Sensing

La méthode la plus simple repose sur le RSSI (Received Signal Strength Indicator), qui correspond à la puissance reçue.

Exemple :

Sans personne : -45 dBm

Personne présente :
-50 dBm
-55 dBm
-48 dBm

Les fluctuations de RSSI permettent de détecter :

  • une prĂ©sence
  • un mouvement grossier
  • une ouverture d’une porte

Il y a malgré tout des limites inhérentes à la méthode :

  • une faible prĂ©cision
  • une forte sensibilitĂ© au bruit
  • une incapacitĂ© Ă  distinguer plusieurs personnes

5. CSI : la révolution du WiFi Sensing

Le CSI (Channel State Information) fournit pour chaque sous-porteuse OFDM (Orthogonal Frequency-Division Multiplexing) une valeur d’amplitude et de phase sous la forme :

H(f) = A(f)e^(jφ)

oĂč :

  • A = amplitude
  • φ = phase

Exemple :

Pour le WiFi 802.11n :

56 sous-porteuses OFDM

Pour le WiFi 802.11ac :

234 sous-porteuses

Chaque paquet devient alors une vĂ©ritable photographie de l’environnement RF.


6. OFDM : pourquoi le WiFi moderne est idéal

Les normes modernes utilisent :

  • 802.11n
  • 802.11ac
  • 802.11ax
  • 802.11be

Ces amendements de la norme 802.11 sont basĂ©s sur l’OFDM (Orthogonal Frequency Division Multiplexing) comme Ă©voquĂ© plus haut.

Celà signifie que la bande est découpée en dizaines ou centaines de sous-porteuses.

|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|_|

Chaque sous-porteuse réagit différemment aux perturbations et cela offre une résolution spatiale bien supérieure au simple RSSI.


7. MIMO et Beamforming

Les équipements modernes possÚdent plusieurs antennes, par exemple :

3x3 MIMO
  • 3 antennes TX
  • 3 antennes RX

On obtient :

3 × 3 = 9 canaux CSI

Le WiFi sensing exploite le concept de Spatial Diversity notamment grĂące aux antennes multiples, ce qui permet d’observer diffĂ©rentes perspectives radio.

Le résultat est similaire à un mini radar multicanal.


8. Extraction du CSI

Historiquement, l’un des projets les plus emblĂ©matiques ayant permis de dĂ©mocratiser l’accĂšs au Channel State Information (CSI) est le Intel 5300 CSI Tool. Issu du monde acadĂ©mique, cet outil a jouĂ© un rĂŽle fondamental dans l’essor du WiFi sensing en permettant d’extraire des informations beaucoup plus fines que les simples mĂ©triques rĂ©seau classiques. Contrairement au RSSI, il rendait possible l’observation dĂ©taillĂ©e du canal radio, notamment en fournissant le CSI brut ainsi que ses composantes en amplitude et en phase Ă  partir de trames WiFi capturĂ©es sur des cartes rĂ©seau Intel compatibles. Cette granularitĂ© a ouvert la voie Ă  une multitude de travaux de recherche en dĂ©tection de mouvement, reconnaissance d’activitĂ©s humaines et analyse fine des environnements radio.

Avec la gĂ©nĂ©ralisation de l’intĂ©rĂȘt pour le sensing RF, cette capacitĂ© d’extraction ne s’est plus limitĂ©e Ă  un environnement acadĂ©mique ou Ă  du matĂ©riel spĂ©cifique. Aujourd’hui, de nombreuses plateformes embarquĂ©es et chipsets modernes permettent Ă©galement d’accĂ©der Ă  des donnĂ©es similaires. On retrouve notamment des implĂ©mentations basĂ©es sur l’ESP32, largement utilisĂ©es dans les prototypes et projets IoT, ainsi que des solutions issues de drivers Atheros ou encore du framework Nexmon, qui a permis d’exploiter les chipsets Broadcom pour rĂ©cupĂ©rer le CSI sur certains routeurs grand public.

Ci-dessous une liste non exhaustive des chipsets « modernes » permettant l’extraction du CSI :

  • ESP32 CSI
  • Atheros CSI
  • Nexmon CSI
  • Broadcom CSI
  • Qualcomm CSI

9. Pipeline de traitement

Étape 1 : Acquisition

La premiĂšre Ă©tape du pipeline consiste Ă  acquĂ©rir le signal brut, ici sous forme de CSI (Channel State Information). Cette donnĂ©e reprĂ©sente l’état du canal de communication Ă  un instant donnĂ© et contient des informations riches sur la propagation du signal, mais elle est Ă©galement fortement bruitĂ©e et dĂ©pendante de l’environnement. À ce stade, aucune interprĂ©tation n’est encore rĂ©alisĂ©e : on collecte simplement les mesures issues du systĂšme radio.

Étape 2 : Nettoyage

Une fois les donnĂ©es acquises, il est essentiel de les prĂ©traiter afin de rĂ©duire les perturbations qui pourraient nuire aux Ă©tapes suivantes. Cette phase vise notamment Ă  supprimer diffĂ©rents types de bruit, comme le bruit thermique gĂ©nĂ©rĂ© par les composants Ă©lectroniques, les fluctuations RF dues aux variations du signal radio, ainsi que les erreurs de synchronisation pouvant apparaĂźtre lors de l’échantillonnage.

Pour amĂ©liorer la qualitĂ© du signal, plusieurs mĂ©thodes de filtrage et de correction sont gĂ©nĂ©ralement utilisĂ©es, parmi lesquelles les filtres de Savitzky-Golay, les modĂšles de Kalman, les filtres Butterworth, ou encore des approches de rĂ©duction de dimension comme la PCA (Principal Component Analysis), qui permet d’isoler les composantes les plus informatives du signal.

Étape 3 : Extraction de caractĂ©ristiques

Une fois le signal nettoyĂ©, on procĂšde Ă  l’extraction de caractĂ©ristiques (feature engineering), Ă©tape clĂ© qui consiste Ă  transformer les donnĂ©es brutes en reprĂ©sentations exploitables par des algorithmes d’apprentissage.

On peut extraire plusieurs familles de features. D’une part, des caractĂ©ristiques dans le domaine temporel et statistique, comme la moyenne, la variance, l’asymĂ©trie (skewness) ou encore la kurtosis, qui permettent de dĂ©crire la distribution du signal. D’autre part, des caractĂ©ristiques frĂ©quentielles, obtenues via des transformations comme la FFT (Fast Fourier Transform), les ondelettes (wavelets) ou la STFT (Short-Time Fourier Transform), qui permettent d’analyser la structure spectrale du signal. Enfin, des informations temps-frĂ©quence plus avancĂ©es, telles que les signatures Doppler, peuvent ĂȘtre utilisĂ©es pour capturer les variations dynamiques liĂ©es aux mouvements ou aux changements dans l’environnement.

Étape 4 : Classification

La derniĂšre Ă©tape consiste Ă  exploiter les caractĂ©ristiques extraites afin de rĂ©aliser une tĂąche de classification ou de reconnaissance de motifs. DiffĂ©rents types d’algorithmes peuvent ĂȘtre utilisĂ©s selon la complexitĂ© du problĂšme et la quantitĂ© de donnĂ©es disponibles.

Les approches dites traditionnelles incluent des modĂšles comme les Support Vector Machines (SVM), les Random Forests ou encore XGBoost, qui sont efficaces sur des donnĂ©es bien structurĂ©es et peu volumineuses. En parallĂšle, les mĂ©thodes basĂ©es sur le deep learning permettent d’apprendre automatiquement des reprĂ©sentations plus complexes : les CNN sont souvent utilisĂ©es pour les donnĂ©es structurĂ©es en matrices (comme les spectrogrammes), les LSTM pour les sĂ©quences temporelles, les Transformers pour capturer des dĂ©pendances longues, et les Autoencoders pour la compression et la dĂ©tection d’anomalies.


10. Détection de présence

Ce cas d’usage est aujourd’hui l’un des plus matures dans le domaine de la dĂ©tection passive basĂ©e sur les signaux radio (WiFi, radar, UWB, etc.).

L’objectif n’est pas simplement de savoir si un objet est en mouvement, mais de dĂ©terminer si une personne est physiquement prĂ©sente dans un espace donnĂ©, mĂȘme lorsqu’elle ne se dĂ©place pas de maniĂšre perceptible.

La détection se résume généralement à deux états principaux : présent ou absent.

Ce qui est particuliĂšrement intĂ©ressant ici, c’est que la dĂ©tection ne repose pas sur des indices classiques comme le mouvement visible, le son ou l’interaction avec un appareil. MĂȘme en situation totalement statique (une personne assise, allongĂ©e ou immobile), les systĂšmes peuvent encore infĂ©rer une prĂ©sence grĂące aux perturbations extrĂȘmement fines qu’un corps humain introduit dans l’environnement Ă©lectromagnĂ©tique.

Ce type de détection est souvent désigné sous le terme Device-Free Passive Detection (DFPD).

Cela signifie que la personne n’a absolument aucun dispositif à porter ou à transporter :

  • aucun smartphone
  • aucun badge RFID ou tag actif
  • aucun capteur biomĂ©trique

La simple prĂ©sence du corps humain suffit Ă  modifier lĂ©gĂšrement la propagation des ondes (rĂ©flexions, attĂ©nuation, multi-trajets), ce qui peut ĂȘtre exploitĂ© par des algorithmes d’apprentissage ou de traitement du signal pour dĂ©tecter l’occupation d’un espace.


11. Détection de présence statique

Ce cas est beaucoup plus complexe et reprĂ©sente un dĂ©fi technique significatif, mĂȘme pour les systĂšmes les plus avancĂ©s.

Lorsqu’une personne est totalement immobile, elle ne gĂ©nĂšre plus de signaux Ă©vidents comme la marche ou les dĂ©placements de masse. Les seules informations exploitables deviennent alors extrĂȘmement subtiles :

  • la respiration
  • des micro-mouvements involontaires
  • de trĂšs lĂ©gĂšres variations posturales

Ces signaux sont de trĂšs faible amplitude et souvent invisibles pour des capteurs classiques. Pourtant, les systĂšmes modernes basĂ©s sur l’analyse fine des perturbations d’ondes radio ou radar sont capables de les exploiter.

Par exemple, la respiration provoque un mouvement pĂ©riodique du thorax de l’ordre de quelques millimĂštres seulement. Ce dĂ©placement minuscule suffit Ă  modifier lĂ©gĂšrement la phase ou l’amplitude des signaux rĂ©flĂ©chis, ce qui peut ĂȘtre dĂ©tectĂ© via des techniques comme l’analyse de canal (CSI), le Doppler micro-mouvement, ou encore des mĂ©thodes radar Ă  haute rĂ©solution.

Dans des environnements contrĂŽlĂ©s (laboratoires ou dĂ©monstrations acadĂ©miques), ces approches ont montrĂ© des performances trĂšs Ă©levĂ©es, avec des taux de dĂ©tection ou de classification dĂ©passant parfois 95 %, notamment pour distinguer une prĂ©sence humaine statique d’un environnement vide.

Cependant, ces performances restent fortement dépendantes des conditions :

  • environnement (rĂ©flexions, multipath)
  • distance
  • orientation du corps
  • bruit radio ambiant

Ce qui rend la dĂ©tection statique encore aujourd’hui un domaine actif de recherche, malgrĂ© des rĂ©sultats dĂ©jĂ  trĂšs prometteurs.


12. Reconnaissance d’activitĂ©s humaines

La reconnaissance d’activitĂ©s humaines, souvent abrĂ©gĂ©e en HAR (Human Activity Recognition), consiste Ă  identifier automatiquement le comportement ou l’action d’une personne Ă  partir de signaux captĂ©s par des capteurs passifs ou actifs, notamment les systĂšmes radio (WiFi, radar, UWB, etc.).

L’idĂ©e centrale est que chaque mouvement humain, mĂȘme simple, produit une perturbation caractĂ©ristique dans l’environnement Ă©lectromagnĂ©tique, en particulier dans la maniĂšre dont les ondes sont rĂ©flĂ©chies et dĂ©calĂ©es en frĂ©quence (effet Doppler).

Ainsi, différentes activités produisent des signatures distinctes, notamment :

  • marcher : mouvement pĂ©riodique rĂ©gulier, avec une signature Doppler stable et cyclique liĂ©e aux pas
  • courir : frĂ©quence de variation plus Ă©levĂ©e, amplitude Doppler plus importante, dynamique plus rapide
  • tomber : transition brutale d’un mouvement vertical rapide vers un Ă©tat stationnaire
  • s’asseoir : ralentissement progressif suivi d’un arrĂȘt, souvent identifiable par une courbe d’énergie dĂ©croissante
  • se coucher : mouvement plus Ă©tendu dans le temps, avec une dispersion plus progressive des micro-mouvements
  • lever les bras : mouvement localisĂ©, asymĂ©trique, gĂ©nĂ©rant une signature Doppler plus faible mais directionnelle

Chaque activitĂ© gĂ©nĂšre donc une signature Doppler propre, que l’on peut reprĂ©senter sous forme de spectrogrammes. Ces spectrogrammes montrent comment l’énergie du signal se rĂ©partit dans le temps et en frĂ©quence, rĂ©vĂ©lant des motifs spĂ©cifiques Ă  chaque geste.

Les systĂšmes modernes utilisent souvent des techniques d’apprentissage automatique (machine learning ou deep learning) pour classer ces signatures et reconnaĂźtre l’activitĂ© en cours avec un haut niveau de prĂ©cision, mĂȘme dans des environnements complexes.e.


13. Détection de chute

La dĂ©tection de chute est l’une des applications les plus importantes et sensibles de la reconnaissance d’activitĂ©s humaines, notamment dans les domaines de la santĂ© et de la surveillance des personnes vulnĂ©rables.

Elle est particuliÚrement utilisée dans des contextes tels que :

  • EHPAD (Établissements d’HĂ©bergement pour Personnes ÂgĂ©es DĂ©pendantes)
  • maintien Ă  domicile des personnes ĂągĂ©es ou fragiles
  • tĂ©lĂ©surveillance mĂ©dicale et assistance Ă  distance

L’objectif est d’identifier automatiquement une chute afin de dĂ©clencher une alerte rapide, sans intervention humaine.

D’un point de vue physique et signal, une chute se distingue par une dynamique trĂšs particuliĂšre. Elle combine gĂ©nĂ©ralement deux phĂ©nomĂšnes clĂ©s :

  • une forte accĂ©lĂ©ration initiale, correspondant Ă  la perte d’équilibre et Ă  la descente rapide du corps
  • suivie d’un arrĂȘt brutal, lorsque la personne touche le sol et cesse presque instantanĂ©ment de se dĂ©placer

Dans un spectrogramme Doppler, cette séquence apparaßt comme une transition trÚs nette :

  1. une montée rapide des fréquences Doppler (mouvement accéléré)
  2. une forte intensité énergétique sur une courte durée
  3. puis une extinction quasi immĂ©diate du signal dynamique, indiquant l’immobilisation

Cette signature est particuliĂšrement reconnaissable car elle diffĂšre nettement des activitĂ©s quotidiennes comme s’asseoir ou se pencher, qui prĂ©sentent des transitions plus progressives et contrĂŽlĂ©es.

GrĂące Ă  ces caractĂ©ristiques, les systĂšmes de dĂ©tection modernes peuvent identifier les chutes avec une grande fiabilitĂ©, surtout lorsqu’ils sont combinĂ©s Ă  des modĂšles d’apprentissage entraĂźnĂ©s sur de larges bases de donnĂ©es d’activitĂ©s humaines.

Cependant, en conditions réelles, plusieurs facteurs peuvent complexifier la détection :

  • similitudes avec certains mouvements brusques (s’asseoir rapidement, glisser)
  • environnement multi-personnes
  • interfĂ©rences et bruit radio

MalgrĂ© cela, la dĂ©tection de chute reste l’un des cas d’usage les plus avancĂ©s et les plus critiques du HAR, en raison de son impact direct sur la sĂ©curitĂ© et la santĂ© des individus.


14. Monitoring respiratoire

Le monitoring respiratoire sans contact repose sur un principe relativement subtil mais trĂšs robuste : le mouvement mĂ©canique de la respiration entraĂźne un dĂ©placement physique du thorax, mĂȘme chez une personne parfaitement immobile.

À chaque cycle respiratoire (inspiration / expiration), la cage thoracique se dilate puis se contracte, ce qui provoque un dĂ©placement mesurable de l’ordre de quelques millimĂštres, typiquement entre 5 et 12 mm selon la personne, la posture et la profondeur de la respiration.

MĂȘme si ce dĂ©placement semble minime, il est suffisant pour modifier de maniĂšre significative la propagation des ondes radio dans l’environnement. En particulier, la respiration affecte :

  • les trajets multiples (multipath) des signaux RF
  • les dĂ©phasages des ondes rĂ©flĂ©chies
  • les variations d’amplitude et de cohĂ©rence du signal reçu

En analysant ces fluctuations fines, il devient possible d’extraire des informations physiologiques directement à partir du signal radio, sans aucun contact physique avec la personne.

Les systÚmes modernes permettent ainsi de mesurer avec précision :

  • la frĂ©quence respiratoire (nombre de cycles par minute)
  • la prĂ©sence Ă©ventuelle d’apnĂ©e ou d’interruptions respiratoires
  • le rythme et la rĂ©gularitĂ© de la respiration (utile pour dĂ©tecter stress, sommeil, anomalies respiratoires)

Ce type de monitoring est particuliÚrement intéressant dans des contextes comme le suivi du sommeil, la surveillance médicale à distance ou les environnements sensibles (hÎpitaux, soins à domicile), car il permet une observation continue sans inconfort pour la personne surveillée.


15. Monitoring cardiaque

Le monitoring cardiaque sans contact reprĂ©sente un niveau de complexitĂ© nettement supĂ©rieur au monitoring respiratoire, en raison de l’amplitude extrĂȘmement faible des mouvements impliquĂ©s.

Contrairement Ă  la respiration, le mouvement induit par le battement du cƓur est de l’ordre de 0,2 Ă  0,5 mm, ce qui correspond Ă  des micro-dĂ©placements du corps causĂ©s par la contraction cardiaque et la circulation sanguine.

Ces variations sont extrĂȘmement difficiles Ă  isoler car elles sont :

  • noyĂ©es dans le bruit radio ambiant
  • masquĂ©es par les mouvements respiratoires beaucoup plus importants
  • perturbĂ©es par les rĂ©flexions multiples dans l’environnement (multipath)

En d’autres termes, le signal cardiaque est souvent « invisible » Ă  premiĂšre vue dans les donnĂ©es brutes, et nĂ©cessite des techniques avancĂ©es de traitement du signal pour ĂȘtre extrait.

Les recherches récentes et les systÚmes de pointe utilisent une combinaison de méthodes sophistiquées pour résoudre ce problÚme, notamment :

  • des architectures MIMO massif (Multiple Input Multiple Output), permettant d’obtenir une meilleure diversitĂ© spatiale et une rĂ©solution accrue
  • des algorithmes de Deep Learning, capables d’apprendre Ă  distinguer les signatures cardiaques des autres composantes du signal
  • des techniques avancĂ©es de beamforming, qui permettent de focaliser l’analyse sur une zone prĂ©cise et d’amĂ©liorer le rapport signal/bruit

GrĂące Ă  ces approches combinĂ©es, il devient possible d’isoler les micro-variations liĂ©es au rythme cardiaque et d’estimer la frĂ©quence cardiaque de maniĂšre indirecte, sans capteur physique.

Ce domaine reste cependant particuliÚrement exigeant, car la qualité de la mesure dépend fortement :

  • de la distance entre le sujet et le capteur
  • de la stabilitĂ© de la posture
  • de la complexitĂ© de l’environnement (rĂ©flexions, obstacles, multi-personnes)

MalgrĂ© ces contraintes, le monitoring cardiaque sans contact est aujourd’hui un champ de recherche trĂšs actif, avec des applications potentielles importantes en santĂ© connectĂ©e, tĂ©lĂ©mĂ©decine et surveillance non intrusive.


16. Localisation indoor

La localisation en intĂ©rieur constitue l’un des grands dĂ©fis des systĂšmes de positionnement modernes. Contrairement Ă  l’extĂ©rieur, oĂč le GPS (Global Positioning System) fonctionne correctement grĂące Ă  la rĂ©ception directe des satellites, les environnements indoor posent un problĂšme majeur : les signaux GPS y sont fortement attĂ©nuĂ©s, rĂ©flĂ©chis ou totalement bloquĂ©s par les structures (murs, plafonds, matĂ©riaux mĂ©talliques), rendant la localisation classique imprĂ©cise voire inutilisable.

Dans ce contexte, le WiFi sensing s’impose comme une alternative particuliĂšrement prometteuse. PlutĂŽt que de dĂ©pendre de satellites, il exploite les signaux radio dĂ©jĂ  prĂ©sents dans l’environnement (routeurs WiFi, points d’accĂšs, appareils connectĂ©s) pour rĂ©aliser plusieurs tĂąches essentielles :

  • tracking (suivi de trajectoire d’une personne ou d’un objet)
  • gĂ©olocalisation indoor (estimation de position dans un bĂątiment)
  • comptage de personnes (dĂ©tection du nombre d’occupants dans une zone donnĂ©e)

Plusieurs approches techniques sont utilisées pour cela :

  • Fingerprinting : cette mĂ©thode repose sur la crĂ©ation d’une base de donnĂ©es de « signatures radio » associĂ©es Ă  des positions connues. Chaque point d’un environnement possĂšde une empreinte RF unique, basĂ©e notamment sur le CSI (Channel State Information). Lorsqu’un signal est captĂ©, il est comparĂ© Ă  cette base pour estimer la position.
  • AoA (Angle of Arrival) : cette technique estime la direction d’arrivĂ©e du signal. En utilisant plusieurs antennes, il est possible de dĂ©terminer sous quel angle un signal arrive, ce qui permet de trianguler la position d’une source.
  • ToF (Time of Flight) : elle mesure le temps que met un signal pour aller de l’émetteur au rĂ©cepteur. MĂȘme des diffĂ©rences de quelques nanosecondes peuvent ĂȘtre exploitĂ©es pour estimer des distances.
  • FTM (Fine Timing Measurement) : version amĂ©liorĂ©e du ToF intĂ©grĂ©e dans certains standards WiFi rĂ©cents, offrant une prĂ©cision accrue grĂące Ă  des mesures temporelles plus fines et plus stables.

En combinant ces approches, les systÚmes modernes peuvent atteindre des niveaux de précision étonnamment élevés en intérieur, ouvrant la voie à des applications avancées de navigation et de surveillance.


17. Imaging WiFi

L’imagerie WiFi est l’une des branches les plus avancĂ©es et les plus fascinantes du WiFi sensing, car elle dĂ©passe la simple dĂ©tection ou localisation pour viser un objectif beaucoup plus ambitieux : reconstruire une reprĂ©sentation visuelle de l’environnement Ă  partir d’ondes radio.

Le principe fondamental repose sur une analogie forte :

le WiFi peut ĂȘtre vu comme un radar opportuniste

Autrement dit, les signaux WiFi, initialement conçus pour la communication, peuvent ĂȘtre dĂ©tournĂ©s pour jouer un rĂŽle similaire Ă  celui d’un radar passif, capable de sonder l’environnement.

Lorsque les ondes se propagent dans une piĂšce, elles interagissent avec tous les objets prĂ©sents : murs, meubles, corps humains, surfaces mĂ©talliques. Ces interactions gĂ©nĂšrent des rĂ©flexions multiples, des diffusions et des attĂ©nuations, qui contiennent implicitement des informations sur la structure de l’environnement.

En exploitant ces signaux, il devient possible de reconstruire une forme d’image, gĂ©nĂ©ralement via des techniques de traitement avancĂ©es telles que :

  • tomographie RF : reconstruction de volumes internes Ă  partir de multiples observations radio
  • reconstruction 2D : crĂ©ation de cartes planes reprĂ©sentant la distribution des objets ou des obstacles
  • reconstruction 3D : modĂ©lisation spatiale complĂšte de scĂšnes ou d’environnements

Ces approches nĂ©cessitent souvent des algorithmes complexes d’inversion de signal et d’apprentissage automatique, car le problĂšme est fortement indĂ©terminĂ© : plusieurs configurations physiques peuvent produire des signaux similaires.


18. WiFi Human Pose Estimation

L’estimation de pose humaine via WiFi est une extension encore plus impressionnante du WiFi sensing, car elle vise Ă  reproduire une capacitĂ© normalement associĂ©e Ă  la vision par camĂ©ra : reconstruire la posture complĂšte du corps humain sans aucune image optique.

L’objectif est de dĂ©tecter et localiser les principales parties du corps :

  • tĂȘte
  • bras
  • jambes
  • torse


 uniquement à partir de l’analyse des variations du CSI (Channel State Information) !

Le CSI capture la maniĂšre dont les signaux WiFi sont modifiĂ©s par la prĂ©sence et les mouvements d’un corps humain. Chaque articulation, chaque mouvement, et mĂȘme chaque micro-dĂ©placement influence lĂ©gĂšrement la propagation des ondes, crĂ©ant une signature globale trĂšs riche mais difficile Ă  interprĂ©ter.

Les systĂšmes modernes utilisent des architectures d’intelligence artificielle en plusieurs Ă©tapes :

CSI
↓
CNN (Convolutional Neural Networks)
↓
Transformer
↓
Skeleton 3D
  • Les CNN permettent d’extraire des motifs locaux dans les donnĂ©es CSI, souvent assimilables Ă  des « textures » temporelles ou frĂ©quentielles.
  • Les Transformers capturent les relations globales entre ces motifs dans le temps et dans l’espace.
  • Le rĂ©sultat final est une structure squelettique 3D, reprĂ©sentant la posture estimĂ©e de la personne.

Cette technologie ouvre des perspectives importantes pour la surveillance non intrusive, la santé, la rééducation ou encore les interfaces homme-machine.


19. WiFi Through-Wall Sensing

Le sensing à travers les murs via WiFi exploite une propriété physique fondamentale des ondes radio : leur capacité à traverser certains matériaux non conducteurs.

Les signaux WiFi peuvent ainsi pénétrer partiellement :

  • le placoplĂątre
  • le bois
  • certaines portes
  • et divers matĂ©riaux composites non mĂ©talliques

Bien que ces matĂ©riaux attĂ©nuent et dĂ©forment le signal, ils ne l’arrĂȘtent pas complĂštement, ce qui permet de rĂ©cupĂ©rer des informations sur ce qui se passe dans une piĂšce adjacente.

Grùce à cette propriété, il devient possible de détecter :

  • la prĂ©sence humaine
  • les mouvements
  • parfois mĂȘme des activitĂ©s grossiĂšres

sans contact direct ni ligne de vue.

Cette capacitĂ© repose sur l’analyse des perturbations des signaux rĂ©flĂ©chis et transmis, qui changent en fonction des mouvements et de la prĂ©sence d’objets ou de personnes derriĂšre une barriĂšre physique.

Ce domaine est particuliÚrement étudié pour des applications sensibles, notamment :

  • secours et recherche de victimes (dĂ©tection de survivants sous des dĂ©combres)
  • sĂ©curitĂ© et surveillance (dĂ©tection d’intrusions)
  • applications de dĂ©fense (cartographie passive d’environnements fermĂ©s)

Cependant, ces usages soulĂšvent Ă©galement des questions importantes en matiĂšre de vie privĂ©e et d’éthique, car ils permettent d’obtenir des informations sur un espace sans accĂšs direct ni consentement explicite des occupants.


20. Comparaison avec les autres technologies

TechnologieDétection présenceVie privéeTraversée murs
Caméraexcellentefaiblenon
LiDARexcellentemoyennenon
Radar mmWaveexcellenteélevéelimitée
Bluetooth sensingmoyenneélevéefaible
WiFi sensingélevéeélevéeoui

21. IEEE 802.11bf : la normalisation

L’arrivĂ©e de la norme IEEE 802.11bf marque une Ă©tape fondamentale dans l’évolution du WiFi, car elle officialise un changement de paradigme : le WiFi ne se limite plus uniquement Ă  un moyen de communication sans fil, mais devient Ă©galement une technologie de sensing Ă  part entiĂšre.

Historiquement, les infrastructures WiFi ont Ă©tĂ© conçues exclusivement pour transporter des donnĂ©es (dĂ©bits, latence, fiabilitĂ©). Cependant, les chercheurs ont progressivement dĂ©montrĂ© que les mĂȘmes signaux pouvaient ĂȘtre exploitĂ©s pour observer l’environnement physique : prĂ©sence humaine, mouvements, respiration, localisation, etc.

Avec IEEE 802.11bf, cette dimension est dĂ©sormais intĂ©grĂ©e dans le standard lui-mĂȘme.

L’objectif principal est donc de :

Transformer officiellement le WiFi en une technologie duale : communication + perception de l’environnement

Pour y parvenir, plusieurs éléments sont introduits ou standardisés :

  • protocoles de mesure normalisĂ©s : dĂ©finition de mĂ©thodes communes pour accĂ©der et interprĂ©ter les donnĂ©es physiques issues du signal WiFi
  • collecte optimisĂ©e du CSI (Channel State Information) : amĂ©lioration de la prĂ©cision, de la granularitĂ© et de la disponibilitĂ© des informations de canal
  • interopĂ©rabilitĂ© entre Ă©quipements : possibilitĂ© pour des dispositifs de diffĂ©rents fabricants de fonctionner ensemble dans des systĂšmes de sensing cohĂ©rents
  • synchronisation avancĂ©e : alignement temporel plus prĂ©cis entre Ă©metteurs et rĂ©cepteurs, indispensable pour les mesures fines (ToF, Doppler, phase)

Grùce à cette évolution, le WiFi devient une infrastructure bifonctionnelle, capable de remplir simultanément deux rÎles complémentaires :

  • Communication (transfert de donnĂ©es classique)
  • DĂ©tection / perception environnementale (sensing passif et actif)

Cela ouvre la voie à une intégration massive du sensing dans les réseaux existants, sans déploiement de capteurs supplémentaires.


22. Sécurité et cybersécurité

L’émergence du WiFi sensing introduit Ă©galement une nouvelle classe de risques en cybersĂ©curitĂ©, car les mĂȘmes informations qui permettent de comprendre l’environnement peuvent ĂȘtre exploitĂ©es Ă  des fins malveillantes lorsqu’elles sont accessibles Ă  un acteur non autorisĂ©.

Contrairement aux attaques traditionnelles qui visent le contenu des communications, ici l’enjeu est diffĂ©rent : il s’agit d’exploiter les mĂ©tadonnĂ©es physiques du signal radio pour infĂ©rer des informations sur les activitĂ©s humaines.

Passive Occupancy Detection

Dans un premier scénario de menace, un attaquant pourrait utiliser les variations du signal WiFi pour :

  • dĂ©duire la prĂ©sence ou l’absence de personnes dans un espace donnĂ©
  • identifier des schĂ©mas de vie ou des habitudes quotidiennes (heures de sommeil, dĂ©placements rĂ©guliers)
  • surveiller des activitĂ©s sans utiliser de camĂ©ra ni microphone

Cela rend possible une forme de surveillance totalement invisible, car elle ne nécessite aucun capteur intrusif visible.

Activity Inference

Dans des scĂ©narios plus avancĂ©s, un systĂšme compromis pourrait aller encore plus loin et tenter d’infĂ©rer des activitĂ©s spĂ©cifiques, telles que :

  • pĂ©riodes de sommeil
  • marche ou dĂ©placements dans une piĂšce
  • activitĂ© physique ou mouvements rĂ©pĂ©titifs

Ces informations peuvent ĂȘtre dĂ©duites indirectement Ă  partir des perturbations du signal radio, mĂȘme sans accĂšs aux donnĂ©es applicatives ou au contenu rĂ©seau.

CSI Leakage

Un point particuliĂšrement critique concerne la fuite de CSI (Channel State Information).

Le CSI ne contient pas de donnĂ©es utilisateur au sens classique (messages, contenus, images), mais il encode une description extrĂȘmement riche de l’environnement radio. En pratique, il agit comme une sorte de « scan physique » implicite de l’espace.

Des travaux de recherche ont montré que ces données peuvent révéler indirectement :

  • le nombre de personnes prĂ©sentes
  • leur position approximative
  • leurs activitĂ©s ou mouvements globaux

Cela signifie qu’un attaquant n’a pas besoin d’intercepter le contenu du trafic rĂ©seau : les seules caractĂ©ristiques physiques du signal suffisent Ă  extraire des informations sensibles.


23. Limites actuelles

MalgrĂ© les progrĂšs rapides du WiFi sensing, plusieurs limitations fondamentales subsistent et constituent encore aujourd’hui des obstacles majeurs Ă  son dĂ©ploiement gĂ©nĂ©ralisĂ©.

Variabilité environnementale

L’une des principales difficultĂ©s est la forte dĂ©pendance du systĂšme Ă  l’environnement physique.

Par exemple, un simple changement dans la configuration d’une piùce peut avoir un impact important :

  • dĂ©placement d’un meuble
  • ouverture ou fermeture d’une porte
  • modification de la disposition des objets

Ces changements entraßnent une altération significative du comportement des ondes radio (réflexions, multipath, atténuation), ce qui peut rendre un modÚle précédemment entraßné obsolÚte ou beaucoup moins performant.

Généralisation difficile

Les modÚles de WiFi sensing sont souvent fortement dépendants du contexte dans lequel ils ont été entraßnés.

Ainsi, un modÚle entraßné dans :

  • une Maison A

peut fonctionner correctement dans cet environnement spĂ©cifique, mais prĂ©senter des performances dĂ©gradĂ©es lorsqu’il est appliquĂ© dans :

  • une Maison B

Cela est dĂ» aux diffĂ©rences structurelles entre les environnements : matĂ©riaux, dimensions, disposition des piĂšces, prĂ©sence d’objets, etc.

Multipath excessif

Dans certains environnements complexes, notamment :

  • environnements industriels
  • bĂątiments mĂ©talliques
  • zones trĂšs encombrĂ©es

les signaux radio subissent de nombreuses rĂ©flexions multiples. Ce phĂ©nomĂšne, appelĂ© multipath, peut devenir extrĂȘmement dense et chaotique, rendant difficile l’extraction d’informations utiles.

Au lieu d’avoir quelques trajets dominants, le systĂšme doit traiter une superposition massive de rĂ©flexions, ce qui complique fortement l’analyse.

Calibration

Enfin, un autre problÚme majeur est la nécessité de calibration fréquente.

Dans de nombreux systÚmes actuels, il est nécessaire de recalibrer réguliÚrement les modÚles pour maintenir leur précision. Cela peut inclure :

  • recalibrage des capteurs
  • mise Ă  jour des modĂšles statistiques
  • adaptation Ă  l’environnement en temps rĂ©el

Cette Ă©tape reste coĂ»teuse et limite encore l’autonomie complĂšte des systĂšmes dans des environnements dynamiques ou changeants.


24. WiFi 7 et futur du sensing

L’arrivĂ©e du WiFi 7 (IEEE 802.11be) reprĂ©sente une Ă©volution majeure non seulement pour les performances rĂ©seau classiques, mais Ă©galement pour les capacitĂ©s de sensing radio avancĂ©. En effet, les amĂ©liorations introduites dans cette gĂ©nĂ©ration ont un impact direct sur la prĂ©cision, la stabilitĂ© et la richesse des informations exploitables pour l’analyse de l’environnement.

Parmi les principales innovations techniques, on retrouve :

  • des canaux extrĂȘmement larges allant jusqu’à 320 MHz, permettant une rĂ©solution frĂ©quentielle beaucoup plus fine et donc une meilleure capacitĂ© Ă  distinguer des variations subtiles dans le signal
  • le MLO (Multi-Link Operation), qui permet d’utiliser simultanĂ©ment plusieurs bandes de frĂ©quences (2.4 GHz, 5 GHz, 6 GHz), amĂ©liorant ainsi la robustesse et la diversitĂ© des observations radio
  • des amĂ©liorations du MIMO (Multiple Input Multiple Output), avec davantage d’antennes et une meilleure exploitation spatiale du signal
  • une meilleure rĂ©solution temporelle, rendant possible la dĂ©tection de phĂ©nomĂšnes extrĂȘmement rapides ou trĂšs fins dans le domaine du temps

Ces améliorations combinées ont des conséquences directes et profondes sur le WiFi sensing :

  • la localisation devient plus prĂ©cise, car la finesse temporelle et frĂ©quentielle permet de mieux estimer les distances et les directions d’arrivĂ©e des signaux
  • la dĂ©tection biomĂ©trique est renforcĂ©e, avec une meilleure capacitĂ© Ă  isoler des signaux faibles comme la respiration ou le rythme cardiaque
  • l’imagerie RF gagne en prĂ©cision, car les systĂšmes peuvent reconstruire des environnements avec une granularitĂ© plus Ă©levĂ©e et moins d’ambiguĂŻtĂ©s

En rĂ©sumĂ©, le WiFi 7 ne se contente pas d’amĂ©liorer les dĂ©bits : il agit comme un catalyseur technologique qui rapproche encore davantage les systĂšmes WiFi des capacitĂ©s d’un vĂ©ritable capteur environnemental haute rĂ©solution.


25. Perspectives de recherche

Le domaine du WiFi sensing est actuellement en pleine expansion, et plusieurs axes de recherche particuliÚrement ambitieux sont en train de redéfinir ses limites théoriques et pratiques.

RF Foundation Models

L’une des directions les plus prometteuses est le dĂ©veloppement de RF Foundation Models, c’est-Ă -dire des modĂšles fondamentaux entraĂźnĂ©s sur de vastes quantitĂ©s de donnĂ©es radio, Ă  la maniĂšre des Large Language Models (LLM) dans le domaine du langage naturel.

L’idĂ©e est de crĂ©er des modĂšles capables de comprendre la structure profonde des signaux radio, indĂ©pendamment de la tĂąche spĂ©cifique (localisation, reconnaissance d’activitĂ©, imagerie, etc.). Ces modĂšles seraient prĂ©-entraĂźnĂ©s sur des donnĂ©es massives de type CSI, spectrogrammes, ou signaux bruts, puis adaptĂ©s Ă  diffĂ©rentes applications avec un minimum de fine-tuning.

Cela permettrait de passer d’approches spĂ©cialisĂ©es et fragiles Ă  des systĂšmes beaucoup plus gĂ©nĂ©raux et robustes.

Fusion multimodale

Un autre axe majeur est la fusion multimodale, qui consiste Ă  combiner plusieurs sources de donnĂ©es pour amĂ©liorer la comprĂ©hension globale de l’environnement.

Les modalités typiquement combinées incluent :

  • WiFi sensing, pour les informations radio passives
  • radar mmWave, pour des mesures plus prĂ©cises de distance et de mouvement
  • IMU (Inertial Measurement Units), prĂ©sents dans les objets ou appareils mobiles, fournissant des donnĂ©es d’accĂ©lĂ©ration et d’orientation
  • camĂ©ras, qui apportent une information visuelle directe et riche

L’objectif de cette fusion est de compenser les limites de chaque modalitĂ© prise isolĂ©ment. Par exemple, le WiFi peut fonctionner dans l’obscuritĂ© ou Ă  travers les murs, tandis que les camĂ©ras offrent une meilleure comprĂ©hension visuelle mais sont sensibles aux occlusions.

Sensing généralisé

La vision Ă  long terme de ces recherches est le dĂ©veloppement d’un systĂšme de sensing gĂ©nĂ©ralisĂ©, capable d’unifier toutes ces informations dans un seul modĂšle intelligent.

L’objectif est de construire une architecture unique capable de :

  • localiser des personnes ou des objets dans un environnement
  • classifier leurs activitĂ©s ou comportements
  • suivre leurs dĂ©placements dans le temps
  • reconnaĂźtre des situations complexes sans supervision spĂ©cifique

Le point clĂ© est que ce systĂšme serait capable de fonctionner sans rĂ©entraĂźnement spĂ©cifique pour chaque nouvelle tĂąche ou environnement, en s’appuyant sur une comprĂ©hension globale et transfĂ©rable des signaux physiques.

Cette perspective rapproche le domaine du WiFi sensing d’une forme de “perception universelle”, oĂč les ondes radio deviennent un vĂ©ritable canal de comprĂ©hension du monde physique, au mĂȘme titre que la vision ou l’audition pour les humains.


Conclusion

Le WiFi Sensing reprĂ©sente l’Ă©volution naturelle des rĂ©seaux sans fil : les infrastructures WiFi ne servent plus uniquement Ă  transporter de l’information, elles deviennent des capteurs distribuĂ©s de l’environnement. GrĂące Ă  l’exploitation du multipath, du CSI, du Doppler et des architectures MIMO, il est dĂ©sormais possible de dĂ©tecter une prĂ©sence, suivre des mouvements, reconnaĂźtre des activitĂ©s humaines et mĂȘme reconstruire des informations spatiales complexes sans camĂ©ra ni Ă©quipement portĂ© par l’utilisateur.

L’arrivĂ©e de la norme IEEE 802.11bf devrait accĂ©lĂ©rer l’industrialisation de cette technologie. À moyen terme, les points d’accĂšs WiFi pourraient devenir des capteurs omniprĂ©sents capables d’assurer simultanĂ©ment connectivitĂ©, sĂ©curitĂ© physique, domotique intelligente, surveillance mĂ©dicale non intrusive et analyse comportementale. Pour les experts en cybersĂ©curitĂ©, cette convergence ouvre Ă©galement un nouveau champ de rĂ©flexion : la radiofrĂ©quence devient une source de donnĂ©es sensibles Ă  part entiĂšre, dont la protection et la gouvernance seront bientĂŽt aussi importantes que celles des flux rĂ©seau traditionnels.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *